Nicolas B et Anthony B, 2022
Identification
Nicolas B, Anthony B. « Du système D à un projet de société : La Low-Tech au delà du bricolage ». Ingenieurs Engages, 28 novembre 2022. https://ingenieurs-engages.org/2022/11/du-systeme-d-a-un-projet-de-societe-la-low-tech-au-dela-du-bricolage/
Objectif
Interroger la capacité de la Low-Tech à devenir un modèle de société cohérent (et non juste de la récupération, du bricolage, ou de l’artisanat) capable de relever les défis sociaux, environnementaux, techniques et économiques actuels.
Limites du DIY et du bricolage
On manque de temps, de compétences, ou d'outillage, comparé à l'industrie. Pour des projets techniques, on ne peut pas tout faire soi-même, et beaucoup de compétences ou d’outils viennent du système industriel high-tech.
Limites du modèle artisanal
Moins de productivité, coût plus élevé, apprentissage long. Dépendances aux ressources non renouvelables, à des matériaux techniques, à des chaînes d’approvisionnement hors de l’échelle locale.
Nécessité d’une vision systémique / échelle plus grande
L’article argumente qu’il faut penser une industrie Low-Tech ou une production à plus grande échelle, mais repensée : sobre, démocratique, locale, répondant à des besoins clairs, mais qui puisse produire les objets ou infrastructures que le bricolage ou l’artisanat ne peuvent pas seuls.
Finalité et modèle socio-économique
Ce n’est pas le niveau de technicité ou l’échelle seule qui définissent le Low-Tech, mais la finalité : utilité, sobriété, durabilité, inclusion, accessibilité, résilience. Il faut que les techniques soient pensées dans un modèle économique qui ne repose pas sur l’obsolescence, sur la surproduction, ou sur l’exploitation des ressources sans limites.
Parallèle avec le web
Même si l’article parle d’objets matériels, beaucoup de ses idées peuvent être transposées :
La “taille des jeux de données” est analogue à la “matière première” (des données lourdes = consommation énergétique, bande passante, coûts, etc.)
Le modèle économique du web (publicité, captation, obsolescence logicielle, standards incompatibles) peut être repensé selon les principes Low-Tech : simplicité, compatibilité, maintenance, durabilité, sobriété dans les ressources informatiques.
Le web pourrait avoir ses “versions bricolage / artisanales” (sites légers, minimalistes, construits à la main, open source), mais il faut aussi envisager des “industries web Low-Tech” : hébergeurs sobres, infrastructures adaptées, normes ouvertes, etc.
Citations
Définition de Low-Tech:
« Nous proposons qu’un modèle de société Low-Tech est possible, à condition que la définition de la Low Tech ne s’arrête pas à une question d’échelle ni – paradoxalement – du niveau de technicité des outils employés, mais se recentre sur leur finalité et le modèle socio-économique dans lequel ils s’insèrent. »
Titre du paragraphe : Vers une société Low-Tech
Caricature de l’autonomie radicale :
« Pour dire les choses de manière un peu caricaturale : si chacun·e devait faire pousser sa nourriture, se fabriquer des vêtements, construire sa maison, et concevoir son système énergétique, alors nous serions sûrement beaucoup à être affamé·es, vêtu·es de loques, sans endroit au sec pour dormir et éclairé·es à la bougie. »
Titre du paragraphe : Limites du système D(IY)
Mise en perspective critique
Transposé au numérique, le Low-Tech invite à considérer les données et infrastructures comme la “matière première” : des sites lourds, remplis de publicités et de scripts inutiles, gaspillent énergie et bande passante. L’enjeu n’est pas de refuser la technologie, mais de privilégier des outils sobres, accessibles, réparables et compréhensibles. Cela passe par la standardisation et la compatibilité : formats légers, bonnes pratiques de performance et d’accessibilité, modules libres et maintenables.
À l’échelle collective, il s’agit de construire une véritable “industrie web Low-Tech” : hébergeurs sobres, architectures distribuées, certifications de sobriété numérique. Cela suppose aussi de repenser le modèle économique, en sortant de la dépendance à la publicité et au suivi des utilisateurs au profit de solutions coopératives, par abonnement ou par dons.
Reste enfin à assumer certaines limites : le risque d’inégalités face aux compétences, la résistance à l’innovation, ou l’effet rebond qui peut recréer de la surconsommation numérique malgré la sobriété initiale.
Glossaire
Sobriété :
Réduire l’usage des ressources (énergie, données, matériel), limiter la complexité ou la surabondance pour avoir juste ce qui est nécessaire.
Finalité :
Le « pourquoi » de la technique, à quoi elle sert, pour qui, et selon quelles valeurs (utile, accessible, durable), plutôt que le « comment » ou le « plus avancé » pour lui-même.
Standardisation :
Mise en place de normes/uniformisation pour garantir compatibilité, interchangeabilité, maintenance, pièces détachées, etc..., tout en évitant les dérives d’une standardisation oppressive.
Modèle socio-économique :
Le système de valeurs économiques, de gouvernance, de distribution du pouvoir (qui produit, qui possède, qui décide), ainsi que les mécanismes de financement, de maintenance et de durabilité associés à une technologie.
Lectures associées
L’Âge des Low-Tech de Philippe Bihouix. Une lecture citée dans l’article, qui examine les limites du high tech et propose des pistes pour un monde plus sobre.